10/03/05

Devenir patron
après le RMI

Monter son entreprise après avoir vécu au RMI, c’est possible. Georges Tapero tient une boutique de tapisserie-décoration au pied de Montmartre depuis 2 ans, grâce au soutien de l’ADIE. La clé du succès: un projet viable et une vraie motivation

Georges Tapero a suivi le parcours traditionnel de l’artisan : CAP en tapisserie, apprentissage dans une grande maison parisienne, succession d’emplois salariés. Mais la crise des années 90 le rattrape : précarité, chômage, RMI. Sept ans d’exclusion, avec deux enfants à charge. Jusqu’au jour où il évoque, avec l’assistante sociale de sa mairie, son envie de se mettre à son compte. Il apprend que l’ADIE (Association pour le droit à l’initiative économique) peut l’aider à concrétiser son projet d’ouvrir une boutique de tapisserie et de décoration intérieure. Cette association finance les démarches des créateurs n’ayant pas accès au crédit bancaire, pour la plupart demandeurs d’emploi ou allocataires du RMI.

Saisir sa chance

Afin de présenter un dossier solide, Georges Tapero se met à la recherche d’un local : «À l’époque, pour bénéficier d’un accompagnement ou d’un prêt du genre EDEN, il fallait avoir une adresse professionnelle (aujourd’hui, on peut se domicilier chez soi). J’ai fait le tour des amis et de la famille, qui m’ont prêté 4.500 euros. Avec ça, j’ai pu prendre un bail précaire de 23 mois sur une boutique que j’avais repérée.» Grâce à cette démarche active, gage d’un projet mûrement réfléchi, l’ADIE s’engage à l’aider pour réaliser une étude de marché et monter un dossier ACCRE (Aide aux demandeurs d’emploi créant ou reprenant une entreprise) auprès de la DDTEFP.

Ce dispositif lui permettra d’être exonéré de cotisations sociales pendant un an. La Direction départementale du travail et de la formation lui allouera également un «chéquier conseil», pour accéder gratuitement aux services de professionnels en conseil juridique et de gestion. En plus de sa mise de départ investie dans le local commercial, Georges Tapero obtient 6.000 euros de l’EDEN et 4.500 euros par un prêt bancaire, rendu possible grâce au cautionnement moral de l’ADIE. En tout, 15.000 euros : une somme largement suffisante pour démarrer son activité. «Le plus dur, c’est de réussir l’entrée dans les lieux», se souvient l’artisan. Mais il a su saisir sa chance et sa petite entreprise de la rue du Mont-Cenis a passé le cap des deux ans d’existence (comme les deux-tiers des structures financées par l’ADIE), avec un chiffre d’affaires d’un peu moins de 40.000 euros en 2003.

Le régime de la micro-entreprise : " idéal pour démarrer "

L'association est encore très présente auprès de Georges Tapero : tous les mois un conseiller de l'association, le plus souvent bénévole, lui rend visite pour éplucher avec lui sa comptabilité, faire le point sur son activité, le soutenir dans les moments difficiles. Ce suivi s'arrête au bout de deux ans pour empêcher une concurrence déloyale vis-à-vis des autres artisans du quartier. Sur les conseils de l'ADIE, Georges Tapero a placé son entreprise individuelle sous le régime fiscal de la microentreprise. «C'était idéal pour démarrer cette activité, qui ne nécessite quasiment pas d'investissements : un minimum de papiers à remplir, la comptabilité simplifiée et l'exonération de la TVA m'ont permis de me concentrer vraiment sur mon travail.» Ce dernier aménagement est conditionné, pour les activités mixtes artisanat-commerce, à un plafond de chiffre d'affaire annuel de 76.300 euros, dont 27.000 dans l'activité principale.

L’artisan est devenu aussi commerçant

Dès l’ouverture, à peine six mois après avoir lancé les premières démarches concrètes d’accompagnement, les clients se sont manifestés. «J’ai récupéré l’ancien local délabré d’une entreprise de fret, les gens du quartier étaient curieux et contents de voir arriver un artisan. Et j’ai tout de suite fait un peu de vente, alors ils sont entrés et mon activité a démarré.» De tapissier, Georges Tapero est peu à peu devenu vendeur de meubles et décorateur intérieur. Un artisan qui a le sens du contact avec le client : il n’en fallait pas plus pour que les habitués se pressent dans sa boutique. «Heureusement, j’ai su évoluer. Aujourd’hui, la tapisserie m’assure le paiement des charges. Le reste, c’est un plus. Mes clients, comme cette dame qui vient d’acheter un hôtel particulier dans le quartier, viennent d’abord me voir pour rénover leurs sièges. Et puis ils me demandent toutes sortes de choses : rideaux, mobilier à rénover, décoration de pièces… Je ne sais pas dire non.» Si bien qu’en ce moment, il découvre un autre domaine : le «Que sais-je» numéro 435 (Les techniques picturales) est posé sur la table à tréteaux de l’arrière-boutique, qui sert lui d’atelier.

Georges Tapero

Tapisserie-décoration

51, rue du Mont-Cenis

75018 Paris

01.42.23.35.35

ADIE, Association pour le droit à l’initiative économique

4, boulevard Poissonnière

75009 Paris

01.56.03.59.00

www.adie.org