27/10/05

Roussey & Fils,
une réussite qui ne doit
rien au hasard

Depuis la boutique de pesage dans le centre de Chambéry à la PME qui fabrique du matériel pour les cuisines professionnelles, la famille Roussey a su développer son entreprise et s’adapter à un marché grandissant. Conseil et accompagnement sont au cœur de leur réussite. Aujourd’hui, à l’heure où la transmission se profile, la recette reste la même.

Les deux grands bâtiments qui se font face, de part et d’autre de la route qui mène à la zone d’activités de Barby, feraient presque oublier le caractère artisanal de l’entreprise. Sans compter que les Etablissements Roussey & Fils ont déjà prévu de racheter les locaux d’un voisin pour étendre leur surface de vente. Une belle réussite pour une entreprise qui a débuté dans une petite boutique du centre-ville de Chambéry, à quelques kilomètres de là. L’entreprise démarre en 1957 quand Maurice Roussey ouvre une boutique de métrologie, son diplôme de balancier-peseur en poche. Rapidement, il trouve une niche en travaillant auprès des bouchers-charcutiers de la région et diversifie son activité par la vente de trancheuses puis la fourniture de matériels pour les commerces alimentaires. Et l’affaire tourne si bien qu’il s’agrandit en 1975, deux ans avant l’arrivée de son fils Didier dans l’entreprise. «J’ai passé le même CAP que mon père, se souvient Didier Roussey. A l’époque, les gamins de mon âge rêvaient d’un vélo, moi d’une plieuse».

L’unique fabricant français de trancheuses

Changement de dimension en 1980. Avec le dépôt de bilan du dernier fabricant français de trancheuses à jambon, un nouvel horizon s’ouvre. «Les industriels français n’ont pas vu venir les Italiens qui ont su rationaliser leur production, explique Didier Roussey. Alors nous sommes allés voir les fondeurs italiens pour étudier un possible redémarrage de l’activité chez nous». Grâce au savoir-faire accumulé et à son réseau de clients, l’entreprise décide de faire réaliser ses trancheuses de l’autre côte des Alpes. La première commande suit l’année suivante, pour 10 appareils. Aujourd’hui le catalogue est riche d’une cinquantaine de machines, dont le bijou des Etablissements Roussey «vendu uniquement aux clients qui le méritent et qui travaillent des produits nobles». Cet appareil exclusif, entièrement mécanique, est ainsi devenu la vitrine Roussey, exposé bien en vue sur tous les salons professionnels que l’entreprise écume.

Exploiter à fond une niche commerciale

L’arrivée de l’entreprise dans la zone d’activités, en 1985, est l’occasion d’une nouvelle diversification. Le déménagement dans des locaux plus grands, placés sur la route des stations de ski savoyardes, offre la possibilité de travailler avec une hôtellerie de tourisme qui prend alors toute sa (dé)mesure. La famille Roussey oriente son activité vers les grandes cuisines, «avec notre mentalité de mécano. On s’est lancé dans la fabrication de cuisines inox sur mesure».

L’intuition est bonne puisqu’à l’approche des Jeux Olympiques d’Albertville, en 1992, «la Savoie découvre l’hygiène. Beaucoup de locaux devaient être remis aux normes. Et dans les petits espaces des stations de ski, il a fallu faire du sur mesure. Ce qui nous a amené beaucoup de nouveaux clients». Le développement se poursuit avec la reprise en 1993 de RGV, une entreprise voisine en difficultés, spécialisée dans la fabrication de hottes aspirantes. «Nous avons repris les machines, mais aussi le personnel avec la volonté de les faire évoluer», souligne Didier Roussey. L’entreprise est transformée en filiale dédiée à la ventilation, une nouvelle niche à prendre. «Nous essayons de nous diversifier au maximum, en restant dans notre spécialité : le sur mesure». L’activité comprend aussi un service après-vente performant. Toutes les machines vendues peuvent être réparées sur place par un personnel qualifié. Le prêt de matériel de remplacement est garanti en cas d’immobilisation.

Aucune décision importante sans conseil extérieur

Cette réussite, qui fait aujourd’hui des Etablissements Roussey une entreprise de 15 salariés réalisant un chiffre d’affaires annuel supérieur à 3 millions d’euros, peut ressembler à une série de coups de chance. Ce sont pourtant les méthodes de travail adoptés qui paient aujourd’hui. D’abord, père et fils cultivent les contacts directs avec la clientèle et les futurs clients. Non seulement pour s’assurer qu’ils feront un bon usage du matériel et des installations, mais aussi pour vérifier leur solvabilité et éviter les impayés. Ensuite, «nous n’avons jamais pris une décision importante sans un conseil extérieur, souligne fièrement Maurice Roussey. Que ce soit pour les rachats, les agrandissements ou les nouvelles activités».

Il faut dire que la famille est allée à bonne école. Ancien président de la Chambre des métiers de Savoie, M. Roussey est l’un des fondateurs de l’antenne régionale de la Socama (société de cautionnement mutuel) et de Sigma, le Service interprofessionnel de gestion et de modernisation de l’artisanat. Ce centre de gestion des artisans est présent dans toutes les phases du développement de l’entreprise. « Nous leur avons même demandé conseil sur nos contrats d’assurance, précise Didier Roussey. Un expert a épluché toutes les propositions. Il a établi un cahier des charges précis et a lancé l’appel d’offre. Au final, le coût de la prestation a été amorti dès le versement des premières primes». De la même façon, l’entreprise bénéficie du soutien de la CCI pour l’export et d’un partenariat avec l’INPI pour le dépôt de ses brevets. «Nous sommes artisans dans les faits, remarque Didier Roussey, mais nous devons travailler avec des méthodes d’industriels. C’est pour cela que nous faisons appel aux deux réseaux consulaires, qui nous apportent chacun leur savoir-faire et leur expérience».

Savoir se faire accompagner

Les différents réseaux qui accompagnent l’entreprise ont conduit la famille Roussey à s’intéresser au recyclage. «Nous sommes passés au tri sélectif pour 70% de nos déchets : bois, métal, cartons, huiles, insiste Didier Roussey. Pas seulement par souci écologique, mais parce que nous savons que ce sera bientôt obligatoire. Autant s’y préparer maintenant pour ne pas être pris à la gorge quand ça nous tombera dessus».

Aujourd’hui, alors que la retraite approche pour Maurice Roussey, les méthodes restent les mêmes. «Tout ce que j’ai fait depuis que mon fils est entré dans l’entreprise, je l’ai fait en pensant à la transmission». C’est pour cette raison que, grâce encore à l’accompagnement de Sigma, les statuts de l’ancienne SA ont été transformés en SAS. Le père est président du conseil, le fils est PDG et a racheté les parts des autres membres de la famille pour faciliter la succession et conserver l’outil industriel. «Mais une fois que je quitterai le métier, je partirai vraiment, assure Maurice Roussey. Didier ne me verra plus dans l’entreprise. Il n’aura plus besoin de moi derrière son dos, je lui fais confiance». La confiance, clé de la réussite de cette entreprise familiale. Le fils se souvient : «Mon père ne m’a jamais contrôlé un devis. Mais si je me plantais, c’était pour ma pomme. Je me suis trompé une seule fois, au début. Vu ce que ça m’a coûté, j’ai appris à ne plus faire d’erreurs».