15/04/06

À Périgueux,
une rénovation urbaine pour renforcer l’activité économique

Quand la capitale du Périgord repense son développement urbain, c’est toute l’activité de l’agglomération qui s’en ressent. Avec la volonté de renforcer ses atouts, la ville s’offre une rénovation à double enjeu : la préservation du patrimoine et le développement économique

Difficile d’imaginer qu’à la place du jardin actuel, un parking, la gare routière et les voitures en transit régnaient au cœur de la ville. Pourtant c’est bien ainsi que les Périgourdins ont longtemps connu la place Francheville, jusqu’en 2003 avec l’achèvement des travaux débutés dans le cadre du programme « Périgueux 2010 ». Les voitures sont maintenant stationnées en sous-sol, la gare routière s’est rapprochée de la gare SNCF. L’espace vert modelé sur le terre-plein central fait le lien entre le Monoprix et le nouveau complexe cinéma de dix salles.

« Depuis le réaménagement du bâti dans la vieille ville débuté il y a trente ans, Périgueux mène une politique fortement volontariste », se souvient Serge Salleron, adjoint du maire délégué à l’urbanisme, au patrimoine et à l’environnement. En effet dans les ruelles piétonnes du quartier historique, l’installation de commerce de proximité de qualité s’est faite en harmonie avec l’image de ce secteur sauvegardé. C’est le même souci qui guide aujourd’hui la mairie dans ses projets de rénovation urbaine.

Des cinq projets « Périgueux 2010 », lancés en 1999 par le maire Xavier Darcos, la place Francheville est sans doute le plus symbolique. Avec 23 millions d’euros investis (7 millions financés par la Ville), il préfigurait dès son élaboration ce qui allait devenir le double enjeu des grands travaux d’aménagement urbain : créer un pôle culturel et économique de qualité, associant initiative publique et partenariats privés. Plus encore que le cinéma et les enseignes de restauration attenantes, la construction d’un hôtel Mercure de 66 chambres sur la place illustre l’implication de la municipalité dans le renouvellement de l’offre commerciale. L’adjointe déléguée au commerce et à l’artisanat, Marie-Hélène Boras, poursuit : « La ville a répertorié les catégories de commerces qui lui manquaient en partenariat avec l’agglomération, la CCI, la CMA et les associations de commerçants. Une liste d’enseignes a été contactée pour savoir lesquelles étaient intéressées et la mairie continue son travail de veille sur les locaux à préempter. »

La prochaine étape de « Périgueux 2010 » tournera cet été autour de la création d’un commerce multimédia dans les anciens locaux du cinéma, sur les boulevards qui ceinturent la vieille ville. Le gérant de la plus grande librairie de la ville déménage et se diversifie dans l’audiovisuel et l’informatique, sur une surface de vente de 1700 mètres carrés. « Nous avons voulu réaménager les boulevards et les parkings du centre-ville pour rendre la ville aux habitants, explique l’urbaniste de la ville Ingrid Voisin. L’objectif est de rendre cet espace aux piétons, tout en lui conservant son rôle de voie de communication. » En s’ouvrant sur la population au détriment de la circulation automobile, les boulevards doivent devenir un nouveau poumon économique pour la ville.

Les projets de « Périgueux 2010 »

En 1999, le maire de Périgueux Xavier Darcos lance une vaste consultation des habitants atour de l’étude d’urbanisme « Périgueux 2010 ». De réunions en présentations du travail de l’architecte urbaniste Jean-Paul Viguier, la population s’approprie le projet et participe massivement par la voie du questionnaire adressé à chaque foyer.

Première concrétisation de ce vaste chantier, la place du théâtre a été entièrement réaménagée. Une esplanade événementielle et essentiellement piétonne accueille désormais les marchés forains, le Salon annuel du livre gourmand, les spectacles de rue (notamment dans le cadre du festival international du théâtre gestuel Mimos), etc.

De nombreuses autres réalisations sont en cours dans le cadre de « Périgueux 2010 » : le développement du pôle universitaire, la rénovation de l’habitat dans le quartier du Gour de l’Arche ou encore l’embellissement des bords de la rivière au pied de la cathédrale Saint-Front, bâtiment classé au patrimoine mondial de l’Unesco et atout touristique de la ville.

Xavier Darcos : « Assurer l’équilibre de notre territoire »

Depuis l’origine du projet de rénovation urbaine, le maire de Périgueux a une idée bien précise de ce qu’il veut pour la ville, afin qu’elle reste le premier pôle commercial du département. « Il faut d’abord conserver l’essentiel des activités culturelles en ville, affirme Xavier Darcos. C’est le sens d’une charte commerciale signée avec la communauté d’agglomération, qui doit nous permettre un développement harmonieux du territoire. De plus, la particularité de Périgueux est d’être bloquée entre la rivière et les collines, la rocade de contournement se trouvant à l’écart. Il y a donc une forte demande de la part des habitants de faire ses achats en ville et de tout avoir sous la main. » D’où la volonté municipale d’encourager l’installation de petites surfaces d’enseigne de centre-ville en bricolage et en articles de sport : la pression démographique (11.000 électeurs de plus en 2005) et la multiplication des opérations immobilières créent en effet une tension sur les déplacements. Il n’est pas rare, le samedi, de mettre plus d’une heure pour un aller-retour entre le centre et les zones commerciales de la périphérie - des zones commerciales qui, grâce à l’action de la communauté d’agglomération, sont mieux intégrées au paysage que les traditionnelles « boîtes à chaussure » des entrées de ville.

En conservant une offre commerciale de premier plan dans ses murs, Périgueux espère ainsi rester le cœur de l’activité d’un bassin économique qui compte environ 80.000 habitants. Avec des équipements tels qu’un théâtre, un musée gallo-romain, un site universitaire, un multiplexe cinéma indépendant réservant une place aux projections Art et Essai, une enseigne multimédia. En bref, les avantages d’une grande ville, sans les inconvénients.