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L’apprentissage
en France
Principaux résultats de l’étude qualitative réalisée
par TNS Sofres en septembre 2003 à la demande du Minéfi
Note méthodologique : cette étude a été
menée au travers de réunions de groupes et d’entretiens
auprès de jeunes potentiellement concernés par cette filière
(élèves de troisième et de terminales, jeunes bacheliers),
de parents et d’apprentis.
I - Des atouts reconnus a l’apprentissage qui
ne suffisent pas à contrebalancer une image sociale largement devalorisée
Aux yeux des élèves de la filière d’enseignement
général et de leurs parents, l’apprentissage
pâtit d’une image négative fondée principalement
sur les éléments suivants :
- une comparaison avec l’enseignement général au
détriment de l’apprentissage : cursus courts versus
cursus longs ; la voie de l’échec scolaire versus celle
de la réussite ;
- en termes de débouchés, la perception d’un choix
limité à des métiers manuels, pénibles,
peu rémunérés et socialement dépréciés ;
- une formation à un seul métier jugée inadaptée
à un monde professionnel où l’adaptabilité et
la polyvalence sont perçues comme indispensables, avec pour
corollaire la crainte de perspectives de carrière limitées
et peu valorisantes ;
- une spécialisation jugée d’autant plus " enfermante "
qu’elle exclut la possibilité de retour vers l’enseignement
général et que le caractère diplômant
de l’apprentissage est méconnu ou limité aux BEP,
CAP, CEP, Bac Pro et plus rarement au BTS ;
- une voie qui ne paraît devoir être empruntée
que par des jeunes ayant une motivation voire une vocation préalable
pour un métier précis.
Des évocations positives existent mais elles ne parviennent
pas à renverser l’image dégradée de l’apprentissage.
Il s’agit notamment de :
- l’aspect pratique, concret de ce cursus qui le rend équilibré
et actif en comparaison avec l’école peut paraître
ennuyeuse, trop théorique et pas toujours très adaptée
aux exigences de la vie active ;
- un cursus permettant de faire de sa passion personnelle son métier ;
- le moyen d’entrer plus rapidement dans la vie professionnelle
et de gagner sa vie, le contre-pied de ce point positif étant
néanmoins la crainte d’entrer trop rapidement dans le monde
difficile des adultes (Les jeunes appréhendent l’univers de
l’entreprise perçu comme angoissant et plus généralement
les responsabilités qu’ils auront à assumer en tant
qu’adultes).
II - Des motivations individuelles potentielles
à l’egard de l’apprentissage qui ne compensent pas les freins liés
à son image collective
1 - L’apprentissage : une filière probante pour les
apprentis
Les apprentis rencontrés dans le cadre de cette
étude étaient tous déterminés quant
au désir de ne plus poursuivre un cursus scolaire " traditionnel "
qui ne leur correspondait pas et d’intégrer plus rapidement
le monde professionnel : l’apprentissage répondait mieux
que toute autre filière à ces deux motivations.
Pour eux, l’apprentissage :
- est une alternative positive qui correspond à une rupture
avec le système scolaire avec lequel ils se trouvaient
en peine et qui s’est présentée comme une perspective
enthousiasmante leur redonnant confiance ;
- est un choix qui a germé sur des goûts personnels
bien définis voire une vocation et l’envie d’exercer
rapidement un métier.
En termes de vécu, le bilan qu’ils dressent de cette
formation est satisfaisant :
- l’apprentissage a constitué pour eux une expérience
convaincante et décisive en entreprise qui a réussi
à dédramatiser le monde professionnel tout en leur
apportant une valorisation que l’école ne leur avait pas
fournie ;
- il a permis à certains d’entre eux une réorientation
professionnelle après d’autres cursus non concluants ;
- il leur a apporté à la fois assurance et maturité
les rendant ainsi plus responsables de leur avenir.
Les principales lacunes relevées par les apprentis portent
sur l’information en amont de leur entrée dans l’apprentissage
concernant l’information en amont de leur entrée dans l’apprentissage.
La plupart des renseignements nécessaires ont été
recherchés de manière autonome par les futurs apprentis,
ce qui a été vécu de manière angoissante.
De plus l’accès à une information à la source,
c’est à dire auprès des CFA n’a pas sa place en général
dans le système scolaire alors que son impact apparaît
primordial pour les jeunes et leur famille.
2 - Du côté des élèves, des motivations
reprenant les traits d’image positifs de l’apprentissage qui ne suffisent
pas à contrebalancer des freins pesants
Les principales motivations sont liées à une
formation à la fois axée sur un métier, permettant
de gagner du temps et de trouver un emploi, et sur l’intérêt
personnel. Pour les élèves de troisième il
s’agit aussi d’une formation qui, marquant une rupture avec l’enseignement
général, permet l’autonomie et une certaine affirmation
de soi. S’agissant des élèves plus âgés (terminales
et bacheliers), l’autonomie financière est mise en avant.
Toutefois, la projection dans l’univers de l’apprenti reste très
difficile, la figure de l’apprenti telle que se la représentent
les élèves étant marquée par une origine
sociale modeste, en échec dans le système scolaire classique,
perçu comme sous-payé et poussé par dépit
vers l’apprentissage. Cette vision empêche logiquement toute identification
et toute projection. Une alternative plus positive à cette
image de l’apprenti existe parfois : demeurant issu d’un milieu
modeste il s’agit cette fois-ci de celui qui " s’en sort "
par son travail acharné, sa maturité et son attrait pour
un métier. Malgré ces éléments, cette image
ne parvient pas non plus à susciter l’identification dans la
mesure où il existe pour les élèves un décalage
trop grand par rapport au degré de maturité attribué
à l’apprenti, qui représente le monde angoissant des adultes.
D’autres freins s’ajoutent à ceux liés à l’image
de l’apprenti , il s’agit :
- de la préparation à un métier unique
qui exclut aussi la possibilité d’un retour en arrière ;
- d’un choix de niveau professionnel, l’apprentissage étant
associé à des études jugées trop courtes
pour préparer de façon satisfaisante au monde de l’entreprise ;
- de la crainte de ne pas obtenir un " bon "
diplôme par le biais de l’apprentissage, qui compromettrait
l’obtention d’un métier reconnu, valorisé, bien rémunéré
et offrant des perspectives de carrière satisfaisante.
Enfin, il est important de noter que les stéréotypes
négatifs dont souffre l’apprentissage se trouve renforcés
par un degré de connaissance très faible et très
réducteur de ses modalités :
- si le principe de l’alternance est connu, la répartition
et l’organisation du temps passé en entreprise et de cours
théoriques ne l’est pas, de même que les CFA, le statut
de l’apprenti et le contrat d’apprentissage ;
- les métiers associés à l’apprentissage sont
circonscrits à des métiers manuels ou bien au secrétariat
et à l’esthétique ;
- les diplômes de l’apprentissage évoqués par
les jeunes sont essentiellement les BEP, CAP, CEP, parfois le Bac
Pro, très rarement le BTS
III. - Des propositions d’alternatives au terme
" apprenti " diversement recues par les cibles interrogées
1 - Les dénominations rejetées ou peu attractives
pour toutes les cibles
Deux dénominations sont rejetées par toutes
les cibles, car elles induisent l’idée d’une déconsidération
de l’apprenti et sont de ce fait jugées péjoratives :
- " junior " : avec l’idée
de soumission à l’adulte et d’absence de qualification ;
- " professionnel débutant " :
non seulement cette dénomination est dévalorisante (" le
débutant c’est celui qui ne sait rien ") mais de
plus elle ne se situe pas dans le cadre de l’apprentissage mais plutôt
après (" on n’est plus dans les études, mais
à son premier emploi ").
Deux dénominations sont jugées peu attractives par
toutes les cibles :
- " étudiant professionnel / professionnel étudiant " :
deux termes trop en contradiction dont l’association paraît
du coup inappropriée ; et/ou un décalage trop grand
par rapport aux représentations actuelles de l’apprentissage :
on ne s’y retrouve pas.
- " étudiant en apprentissage " :
deux termes contradictoires, le terme étudiant renvoyant à
des études longues.
2 - Les dénominations retenues mais créant des clivages
importants entre les cibles
Le terme " étudiant " qui polarise
l’adhésion des uns comme le rejet des autres :
- il est très rassurant pour les élèves,
car il renforce pour eux le côté diplômant de l’apprentissage
(qui lui fait défaut aujourd’hui en termes d’image), et amenuise
le clivage existant entre la filière apprentissage et le circuit
" général " ; il est toujours
préféré à l’alternative " élève "
auprès de ces cibles qui connote, elle, trop le côté
scolaire (au sens scolarité rébarbative, passive, induisant
la soumission de l’élève au professeur, et plus largement
de l’adolescent à l’adulte) ;
- au contraire, c’est un terme totalement rejeté par les
apprentis car ils n’y retrouvent ni leur spécificité,
ni leur statut ;
- les parents lui préfèrent le terme " élève "
qui coïncide davantage pour eux aux âges concernés
par l’apprentissage et en ce sens les rassure.
Les élèves au sens large plébiscitent
les associations incluant le terme " étudiant "
et décrivant la spécificité de l’apprentissage,
à savoir l’insertion dans le monde professionnel :
- " étudiant de l’alternance " :
une dénomination mise en avant par les bacheliers et
les terminales (mais qui semble trop floue aux troisièmes)
car elle précise la spécificité du fonctionnement
du cursus en apprentissage ; en outre l’alternance est une filière
pré-professionnelle reconnue et valorisée en ce sens
par les élèves qui l’estiment plus à même
que toutes les autres voies de formation professionnelle de favoriser
l’insertion dans le monde de l’entreprise (le terme étant aussi
en soi plus valorisé que l’apprentissage, par les diplômes
plus haut placés auquel il semble conduire (niveau BTS)) ;
- " étudiant en métier " ou " étudiant
en entreprise " : apprécié en raison
de son aspect professionnel ;
Parents et apprentis préfèrent en revanche les deux
dénominations " élève en apprentissage "
et " élève apprenti ",
mais pour des raisons différentes :
- les parents valorisent le terme " élève "
qui les rassure car d’une part il connote la scolarisation, l’encadrement
(dans un contexte où l’intégration de leurs enfants
- qu’ils jugent encore jeunes et non matures - au monde de l’entreprise
peut leur faire peur), et d’autre part, il correspond bien à
l’âge qu’ils associent spontanément aux filières
en apprentissage ;
- pour les apprentis, l’attachement au terme " apprenti "
est fort et ils se trouvent tous dans une posture de résistance
face à toute dénomination alternative à ce terme ;
de ce fait, leur choix est un choix par défaut (" le
moins pire ") et ils ne retiennent que ces deux dénominations
qui font explicitement référence à l’apprentissage
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