Réforme de l'Apprentissage
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Des métiers sans jeunes et des jeunes sans métier

En matière d’emploi des jeunes, la France connaît une situation paradoxale. D’un côté, les entreprises françaises, notamment les PME, ont de plus en plus de mal à recruter du personnel qualifié. De l’autre, de plus en plus de jeunes sont à la recherche d’un emploi, sans pouvoir en trouver.

Certains secteurs connaissent une pénurie de main d’œuvre sans précédent. Le marché du travail est considéré comme fluide lorsque le rapport entre le nombre d’offres d’emplois et le nombre de demandes se situe autour de 0,3 ou 0,4. Or on constate des chiffres de l’ordre de 0,7 dans le secteur du bâtiment, de 0,9 dans celui de la mécanique et jusqu’à 1,4 pour l’hôtellerie et les métiers de bouche.

L’évolution démographique prévisible pour les prochaines années ne manquera pas d’accroître ces difficultés. On estime à 5,5 millions le nombre d’emplois qui seront libérés à échéance de 10 ans par les départs en retraite. Ce nombre viendra s’ajouter aux 1,7 millions d’emplois nouveaux escomptés, dans une hypothèse de croissance de 2,4%.

Un autre défi majeur est le remplacement des chefs d’entreprises qui prendront leur retraite dans les prochaines années. Dans les quinze ans, ce sont plus de 500 000 entreprises qui devront trouver un repreneur pour garantir la pérennité de notre tissu économique. D’ores et déjà, les chefs d’entreprises éprouvent de la difficulté à trouver un successeur.

Dans le même temps, 415 000 jeunes de moins de 25 ans sont à la recherche d’un emploi. Ils représentent 17,5% de l’ensemble des chômeurs et cette part continue à augmenter.

Beaucoup de ces jeunes ne disposent d’aucune qualification. Chaque année, ce sont 150 000 jeunes qui sortent du système éducatif français sans diplôme, dont 57 000 sans qualification, c’est à dire sans diplôme ni niveau.

Face à ce constat préoccupant, les filières de formation professionnelle, et notamment l’apprentissage, apparaissent comme une réponse adaptée à la fois aux besoins de main d’œuvre qualifiée des entreprises et à la nécessité d’offrir à tous les jeunes une qualification, un accès à l’emploi et, à terme, la possibilité d’accéder à une responsabilité entrepreneuriale.

Les principales caractéristiques de l’apprentissage en France

Le terme apprentissage regroupe un ensemble de filières de formation professionnelle initiale en alternance sous statut salarié, s’adressant à des jeunes de 16 à 25 ans. La finalité de l’apprentissage est l’acquisition d’une qualification sanctionnée par tout diplôme ou titre à finalité professionnelle, homologué par l’Education nationale. Depuis la loi de 1987, on peut préparer en apprentissage des diplômes supérieurs alors que ce mode de formation était jusqu’alors réservé aux niveaux V et IV.

Toutefois, malgré le développement de filières en apprentissage dans le supérieur, la majorité des apprentis est formée sur les niveaux V et IV. On constate toutefois un déplacement progressif des effectifs vers les niveaux supérieurs :

  • niveau V : 65 %
  • niveau IV : 20 %
  • niveau III : 10 %
  • niveau II et I : 5 %

Le contrat d’apprentissage est un contrat de travail de type particulier dans la mesure où il comporte, en alternance, des temps de présence dans l’entreprise et des temps de présence dans un centre de formation d’apprentis (CFA). Il peut durer entre un et trois ans. L’apprenti reçoit une rémunération qui peut être inférieure au SMIC, dans la limite de salaires minimums légaux dépendant de l’âge et de l’année de formation dans le contrat.

Lorsqu’il est en entreprise, l’apprenti est formé par un maître d’apprentissage qui peut être un salarié ou le chef d’entreprise lui-même, dès lors qu’il remplit un certain nombre de conditions de qualification et d’expérience.

En 2002, il y avait environ 364 000 apprentis auxquels s’ajoutent les 9 000 élèves en classes de préapprentissage.

L’apprentissage est surtout une affaire de petites entreprises et ne se développe que marginalement dans les grands groupes. Sur l’ensemble des entreprises accueillant des apprentis :

  • 46,3% ont moins de 5 salariés
  • 66,7% ont moins de 10 salariés
  • 85,5% ont moins de 50 salariés

Par contre, l’apprentissage s’est développé dans de nombreux secteurs et métiers :

  • agriculture : 2,4 %
  • industrie : 22,6 % (dont artisanat alimentaire 9,9 %)
  • construction : 21 %
  • tertiaire : 53,9 % (dont commerce : 26,7 %)

Le financement du dispositif, soit environ 3 milliards d’euros, est assuré par trois acteurs principaux : l’Etat, les Régions et les entreprises à travers la taxe d’apprentissage. Le produit global de la taxe est d’environ 1,5 milliards d’euros. Elle est divisée en deux parties :

  • le quota (40%) est réservé au financement des CFA et des sections d’apprentissage ;
  • le barème (60%) peut servir à financer l’ensemble des formations premières technologiques.

Au total on estime qu’environ 50% de la taxe, soit 730 millions d’euros, sert au financement de l’apprentissage proprement dit.

Les CFA sont financés avant tout par la taxe, complétée par des subventions régionales. Toutefois, le principe de libre affectation de la taxe par les entreprises qui la payent conduit à de fortes disparités de financement par la taxe entre CFA. De ce fait, dans certains réseaux, notamment celui des chambres de métiers, les financements régionaux sont majoritaires.

Les Régions interviennent aussi en allouant aux entreprises une indemnité compensatrice prévue par la loi pour l’accueil d’apprentis. En outre, elles mettent en place des aides matérielles spécifiques pour les apprentis (logement, transport…) et apportent leur soutien à l’équipement des CFA. Au total, leur contribution au financement de l’apprentissage s’élève à plus de 1,3 milliards d’euros, les plaçant au premier rang des financeurs du dispositif.

L’Etat pour sa part, prend en charge le financement des exonérations de charges dont fait l’objet le salaire des apprentis, pour un montant de plus de 800 millions d’euros.

Les acteurs de l’apprentissage sont nombreux, comme le montre la répartition des 1000 CFA entre leurs organismes gestionnaires :

  • 44% (44,2% des effectifs) sont gérés par des associations (organisations professionnelles ou mixte organisations professionnelles/ chambres consulaires),
  • 14% (34% des effectifs) sont gérés par des chambres consulaires,
  • 27% (12,2% des effectifs) sont gérés par l’Education nationale,
  • 11,6% (7,7% des effectifs) sont gérés par des collectivités locales ou d’autres organismes,
  • le reste (1,9% des effectifs) relève de l’enseignement supérieur.

Pourquoi redynamiser l’apprentissage en France ?

De l’avis unanime de l’ensemble des acteurs consultés, l’apprentissage apporte une réponse très adaptée, d’une part au besoin de qualification puis d’insertion professionnelle des jeunes et d’autre part, à la demande des entreprises de recruter des salariés qualifiés et rapidement employables.

Pour les jeunes, la formation en apprentissage permet d’acquérir un diplôme et d’apprendre un métier, avec des taux de réussite aux examens au moins égaux à ceux constatés dans d’autres filières (de plus 70 % pour les niveaux V à plus de 90% pour les niveaux I). Elle permet par ailleurs d’accéder plus rapidement à un emploi que par tout autre mode de formation : 55,6 % des jeunes après un CAP ou un BEP et 77,6% après un BTS ont un emploi non aidé 7 mois après la fin de leur contrat d’apprentissage.

La consultation menée auprès de 13 000 professionnels fait clairement ressortir que ce n’est pas la rentabilité économique de l’apprenti qui motive l’engagement de l’entreprise dans l’apprentissage mais la possibilité de former un futur salarié, de transmettre son savoir-faire et son métier, et de trouver des compétences qui parfois n’existent pas sur le marché du travail.

Malgré ces paramètres favorables, on constate depuis 2001 que le nombre d’apprentis stagne après une longue période de croissance ininterrompue. La démographie des collégiens, base essentielle de recrutement de l’apprentissage, peut contribuer à expliquer cette stabilisation et laisse entrevoir à un terme assez proche une inversion de tendance.

Il est donc nécessaire de relancer le dispositif, en particulier pour pouvoir répondre, dans les prochaines années aux besoins croissants de main d’œuvre qualifiée de notre économie. Il faut en particulier élargir le recrutement de l’apprentissage à de nouveaux publics :

  • des jeunes qui, à l’issue du collège, ont leur place dans une filière générale mais pourraient tout aussi bien s’épanouir à travers un mode de formation ancré dans la vie de l’entreprise ;
  • les élèves de l’enseignement général qui se rendent compte dès le lycée, après un baccalauréat général, voire après une ou deux années d’université, qu’ils se sont fourvoyés et souhaitent apprendre un métier ;
  • les jeunes en recherche d’emploi qui veulent acquérir une qualification et un métier pour enfin réussir leur insertion professionnelle.

Il s’agit là d’un pari volontariste qui impose de moderniser et de redynamiser l’image, les contenus, les parcours et le financement du dispositif de l’apprentissage pour lui permettre d’attirer puis de former au mieux ces nouveaux apprentis.

Une mission pour moderniser l’apprentissage

Le 17 juin 2003, le Premier Ministre a confié à Renaud Dutreil, secrétaire d’Etat aux petites et moyennes entreprises, au commerce, à l’artisanat, aux professions libérales et à la consommation, une mission de réflexion sur l’amélioration de la formation des jeunes par l’apprentissage.

Centrée sur les utilisateurs du dispositif, la réflexion devait associer les acteurs institutionnels de l’apprentissage, mais surtout ceux qui vivent sa réalité quotidienne : les formateurs, les responsables de CFA, les chefs d’entreprises, les maîtres d’apprentissage et les jeunes eux-mêmes.

Le ministre a conduit plusieurs démarches de consultation sur la durée de la mission.

Un groupe de travail composé d’institutionnels, chambres consulaires, représentant des Régions et administrations, a été constitué pour dresser rapidement un panorama et un constat du fonctionnement du dispositif.

Deux groupes composés de représentants d’organisations professionnelles ont été consultés, ce qui a permis de compléter ce bilan puis d’évaluer les principales propositions.

Un groupe de travail composé de 67 parlementaires, députés et sénateurs, a accompagné l’ensemble de la mission du ministre.

A la demande de Renaud Dutreil, les parlementaires ont aussi pu, par le biais d’un questionnaire, interroger les entreprises de leur circonscription ou département sur leur vision de l’apprentissage. Ce questionnaire a été rempli par près de 13 000 professionnels.

Une enquête d’opinion a été commandée à TNS Sofres. Elle a permis de préciser l’image qu’ont les jeunes et leurs familles de l’apprentissage et de définir les axes de communication à développer pour revaloriser cette image.

Enfin, les nombreux déplacements du ministre en régions ont été l’occasion de rencontrer les acteurs de terrain de l’apprentissage : conseils régionaux, jeunes, maîtres d’apprentissage et formateurs.

De l’ensemble de ces consultations se sont dégagés les trois axes de progrès présentés par Renaud Dutreil lors de sa communication en conseil des ministres, le 27 août 2003.

La poursuite des consultations et des travaux interministériels avec le ministère des affaires sociales, du travail et de la solidarité, le ministère de la jeunesse, de l’Education nationale et de la recherche et le ministère de l’économie, des finances et de l’industrie, a permis de formaliser les propositions issues de la concertation et contenues dans le présent document.

Selon les souhaits du Premier Ministre ce livre blanc a été le support d’une consultation très large depuis le 16 octobre qui s’est conclue sur une série de rencontres de Renaud Dutreil avec les partenaires sociaux, les régions et les réseaux consulaires.

Les résultats de cette dernière phase de concertation avec l’ensemble des acteurs concernés par l’apprentissage ont permis de définir les mesures constituant le plan de modernisation de l’apprentissage.


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© Ministère des Petites et Moyennes Entreprises, du Commerce,
de l’Artisanat et des Professions libérales, 02/2004